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Roman policier
Principaux auteurs de romans policiers pour adultes
Il nous a semblé utile d'esquisser un bref répertoire d'auteurs importants, en indiquant leur tendance propre à l'intérieur du genre et, dans certains cas, le personnage qu'ils ont créé et qui les a "littérairement" dévorés: ainsi Sherlock Holmes pour Sir Arthur Conan Doyle ou Arsène Lupin pour Maurice Leblanc.
Ce répertoire est loin d'être exhaustif:
- il ne comporte pas d'auteurs occasionnels n'ayant commis qu'un ou deux romans dans cette catégorie, ainsi Bernanos ou Ira Levin que nous citerons cependant dans le choix;
- il exclut les écrivains dont les ouvrages correspondent plutôt à l'aventure, l'espionnage, le western, etc. (ainsi on n'y trouvera point Ian Fleming et son James Bond);
- il évite (tout en les citant) de développer à propos d'auteurs importants, mais dont l'oeuvre ou bien n'a pas été traduite, ou l'a été mais reste non disponible pour le moment;
- il comporte des lacunes fatales (le terme ici n'exagère pas), étant donné qu'on ne peut tout lire;
- enfin il évite certains auteurs et titres en toute connaissance de cause.
Sans vouloir s'ériger en censeur éducastreur, il faut constater que certains ouvrages du genre ont remplacé Eros et Thanatos par Eros et Rigolos: ceci vise en particulier les sexploitations d'auteurs comme Carter Brown et quelquefois Day Keene; certains romans qui font un "flop noir" dans la paralittérature tout entière ne contribuant pas ainsi à la diffuser; enfin, ceci concerne également une certaine "nouvelle vague" française, qui s'amusait sans retenue dans le registre minable comme Gex, Siniac et autres morfalous au grand dam de lecteurs pour qui humour n'est pas que farce ou pirouette.
Allain, Marcel (1887-1970)
Auteur français prolifique; on lui doit plus de 300 romans populaires,pour la plupart édités chez Fayard entre 1911 et 1932 et qui sont devenus des objets rares et précieux pour certains bibliomanes. Une série cependant a été rééditée plusieurs fois depuis la guerre: Fantômas, qui comporte 42 volumes, dont les 32 premiers ont été écrits avec Pierre Souvestre mort à la guerre de 14. A travers d'innombrables aventures souvent invraisemblables mais nimbées d'une espèce de poésie singulière que les Surréalistes ont reconnue et magnifiée à l'époque, Fantômas, héros invisible, protéiforme et immortel poursuit une carrière monstrueuse de génie du crime. Les policiers Juve et Fandor le poursuivent à travers des milliers de pages sans jamais pouvoir le saisir. Création singulière qui constitue un phénomène d'histoire littéraire qui n'est pas simplement anecdotique comme le remarque Robert Kanters. Bien que débordant le genre, cet auteur mérite notre attention.
Arley, Catherine (1935- )
Malgré deux apparitions dûment enregistrées par la critique, un roman Tu vas mourir publié dans une collection éphémère en 1953 et le film La femme de paille tourné en Angleterre (1964), il aura fallu attendre 1973 pour reconnaître cet auteur féminin français, traduit en plusieurs langues mais inédit en son pays d'origine. On peut classer, avec nuances, cette dangereuse criminelle des lettres auprès de Patricia Highsmith. Si elle n'en a pas la profondeur psychologique, elle possède à armes égales le renouvellement original des thèmes, l'écriture un peu sardonique et l'amoralité heureuse.
Armstrong, Charlotte (1905-1969)
"May be we are all potential murderers and reading stories about that crime releases us in some way". Cette intrépide Américaine, sans moralisme outrancier, a écrit cette phrase qui peut servir d'épigraphe aux 25 romans policiers qu'elle composa dont plusieurs restent … traduire. Ses 25 ouvrages, comme la plupart de ceux des femmes oeuvrant en ce domaine, sont des romans criminels, où l'angoisse naît de détails insignifiants au premier abord, mais qui deviennent accablants à l'occasion d'un meurtre ou d'un accident. Elle fait partie de l'école HIBK (Had I but known - Si j'avais su?),dont font état Barzun et Taylor dans leur Catalogue of crime, p. 12-13, avec une petite pointe de misogynie.
Aveline, Claude (1901-1993)
Romancier appréciable surtout pour sa trilogie Vie de Philippe Denis (1930-1955). Grand prix des Gens de lettres en 1952, c'est un écrivain élégant dont la prose est imprégnée de poésie. En ce qui nous concerne, il a composé en 1932 un roman policier avoué comme tel et qui eut du succès jusqu'à être traduit en plusieurs langues. Il s'agit de La double mort de Frédéric Belot et c'était un acte de bravoure en cette période où le roman policier ne faisait pas sérieux en France. Il récidiva quatre fois avec autant de bonheur et l'une de ses oeuvres, L'abonné de la ligne U (1940), fut même adaptée à la télévision française.
Berkeley, Anthony (1893-1970)
Cet auteur britannique a écrit 15 romans policiers entre 1925 et 1939. Il est un des représentants illustres de l'âge d'or du roman policier qui, entre les deux guerres, abonda dans le jeu de l'enquête et de l'énigme. Fondateur du Detection Club en 1928, il est important historiquement pour avoir, dès 1930, entrevu l'avenir du genre dans une préface célèbre, et mis en pratique ses théories dans deux romans très considérés: Préméditation (1931) et Complicité (1932), sous le pseudonyme de Francis Iles, où s'amorcent avec succès les premières tentatives du roman criminel noir.
Biggers, Earl Derr (1884-1933)
Cet écrivain américain, très doué pour les intrigues astucieuses, a mis en scène un petit détective chinois que le cinéma d'avant-guerre a popularisé. Charlie Chan est le héros de six romans qui ont été heureusement réédités et qui se lisent encore agréablement, bien qu'ils aient été publiés entre 1926 et 1932. Le personnage est attachant, confucieusement poli et sage, et travaille, à l'instar de Maigret, beaucoup plus par intuition que par logique.
Blake, Nicholas (1904-1972)
Pseudonyme du poète officiel de la Reine (pas moins!) C.D. Lewis, essayiste et biographe distingué. Comme d'autres intellectuels lisent des romans policiers pour se reposer, il en écrivit une vingtaine sous le même prétexte. Comme tout Anglais qui se respecte, il considéra la chose comme sérieuse et mit son style habituel au service de ces oeuvres qu'il ne regardait pas comme mineures. Beaucoup ont été traduites en français: Que la bête meure (1938) a reparu à l'occasion du flm de Chabrol. Solides intrigues, personnages vivants, style rigoureux, ces romans demeurent valables. Les quinze romans où apparait le détective Nigel Strangeways sont tous d'une impeccable facture.
Block, Lawrence (1938-)
Plus de 60 romans depuis 1961. Après avoir fait ses gammes à l'école de Charles Williams et de William Irish, il publie sept romans d'espionnage dont le héros insomniaque et multilingue ne s'oublie pas. Depuis 1976, il a mis en branle une série d'une douzaine d'enquêtes quasi sociologiques que dirige l'ex-policier Matt Scudder, série solide où le talent de scénariste de l'auteur est éblouissant. On lui doit aussi une autre série humoristique (à la Westlake) où sévit Rhodenbarr, le voleur malchanceux.
Boileau-Narcejac
Sous cette signature maintenant célèbre (50 volumes et plus de dix films), deux écrivains français (Pierre Boileau 1906-1996 et Thomas Narcejac 1908) ont entrepris avec assez de bonheur et beaucoup de succès de faire la synthèse entre le roman-problème de détection qui a régné entre 1880 et 1930 et le roman noir, qui par la traduction a envahi le marché dès 1945. Tentative de récupération de ce qu'il y avait de bon dans le roman policier classique et de ce qu'il y avait de neuf dans le roman noir, cela a donné le roman d'angoisse où la victime tient le premier rôle. Cette formule avait déjà été mise au point de façon magistrale dans les nouvelles de l'Américain William Irish et l'originalité du tandem fut de l'incorporer au roman. Le résultat donne, pour l'ensemble, une oeuvre psychologique très appuyée sur l'étude des personnages à l'intérieur d'une trame ingénieuse et souvent surprenante.
Burnett, W. Richard (1899-1982)
Cet auteur américain est surtout important par deux romans noirs qui méritent de survivre: Le petit César de 1929, qui est un portrait-robot, très vivant cependant, du type de gangster à la mode de l'époque; et 20 ans plus tard un chef-d'oeuvre: Quand la ville dort, qui fut d'ailleurs adapté à l'écran sous le titre Asphalt jungle par John Huston (1950). Il a aussi écrit de nombreux scénarios de films célèbres comme Scarface (1932) et autres chefs-d'oeuvre du film noir américain.
Cain, James M. (1892-1977)
Médecin devenu journaliste, il est un des représentants typiques du roman noir américain;, réaliste, naturaliste même, dans ses récits qui sont des reflets quasi documentaires de la vie américaine de l'entre-deux-guerres. On a souvent comparé son style et sa manière à Hemingway. Il a peu écrit, mais chacun de ses ouvrages a été favorablement accueilli, même au cinéma où son Facteur sonne toujours deux fois a été tourné trois fois, en Italie par Visconti, en France et évidemment aux Etats-Unis.
Carr, John Dickson (1907-1977)
De naissance américaine, naturalisé anglais, cet auteur prolifique (60 romans entre 1930 et 1960 et une dizaine plus récents) a écrit sous son propre nom et sous le pseudonyme de Carter Dickson. Intégralement traduite en français, son oeuvre, tout en demeurant fidèle à la forme traditionnelle, frôle très souvent le fantastique et s'attache au problème du meurtre en local clos dont il est le spécialiste virtuose. Romancier d'atmosphère, paradoxal et versatile, il n'a pas craint d'intituler une de ses histoires Hier, vous tuerez. Il compte quelques oeuvres majeures à son crédit.
Chandler, Raymond (1888-1959)
Un des grands classiques du roman noir américain. Après avoir publié une vingtaine de nouvelles, il façonna un type de détective privé efficace et très personnel, Philip Marlowe, dont les aventures nous sont narrées en sept romans entre 1939 et 1958. Chacun de ces romans est intéressant et demeure sans rides: les dialogues assez bien traduits sont percutants, le style est dense et bref dans la ligne de Dashiell Hammett, et l'originalité de Chandler réside surtout dans une espèce de regard distancié dosé d'humour et d'humanité. Sa correspondance confirme l'impression des critiques et des lecteurs: l'auteur est un grand écrivain et son oeuvre est exemplaire dans le genre.
Charteris, Leslie (1907-1993)
Né à Singapour d'un père chinois et d'une mère anglaise, après des études forcées, il fit tous les métiers pour aboutir en Amérique en 1932. Il est célèbre pour avoir créé le personnage de Simon Templar dit Le Saint, avatar d'Arsène Lupin. Ce justicier bon enfant et terriblement efficace est le héros d'une soixantaine d'aventures trépidantes et pleines de rebondissements. Lecture facile et attrayante de second rayon, à disposer auprès d'un de ses rivaux, Le baron d'Anthony Morton.
Chase, James Hadley (1906-1985)
Pseudo. de René Raymond. Ecrivain anglais, installé en Suisse, il écrivit ses deux ouvrages par an à partir de 1939. Tous ses romans se passent aux Etats-Unis et sont publiés en priorité en France. Plus de 90 titres et trente millions d'exemplaires en France. What's about? Un excellent raconteur qui fabrique de merveilleuses mécaniques sans aucun temps mort: suspense et frisson garantis. ça se lit d'une traite et sans complexe. On pourrait parler de la griffe Chase. Il y a forcément des ratés? Non! des moins bons, des un-peu-trop-ressemblants (c'est rare!), des trop-compliqués (ça arrive!), mais dans l'ensemble, c'est parfait et ça répond bien à ce qu'un lecteur de romans policiers demande. Au début, il y a eu quelques romans un peu trop cruels, tel le fameux Pas d'orchidées pour Miss Blandish, que dénonçait d'ailleurs Narcejac mais, par après, l'auteur s'est assagi et, en bon Britannique, il sauvegarde la moralité et est fort honnête par rapport à plusieurs de ses confrères de la Série noire.
Chesterton, Gilbert Keith (1874-1936)
Ecrivain anglais renommé tant pour ses nombreux essais et romans que pour ses polémiques retentissantes avec Shaw, Kipling, Wells et autres. Paradoxal et doué d'un sens de l'humour peu commun, il aborda le genre policier en 1908: The man who was Thursday. Bien entendu, comme pour l'ensemble de ses oeuvres écrites, ça ne ressemble à rien de ce qui existe dans le genre. Il y a une espèce d'allégorie fantastique avec de fortes connotations métaphysiques et même mystiques, et pourtant c'est du roman policier. Ces remarques s'appliquent surtout au personnage qui, à travers cinq volumes, va parcourir une cinquantaine d'aventures avec son parapluie et une naïveté astucieuse infaillible: le père Brown. Insolites, étranges, surnaturelles, ces nouvelles parfaitement écrites sont des «cornerstones» du roman policier.
Christie, Agatha (1891-1976)
Nous n'insisterons pas sur cette auteure universellement connue et au sujet de laquelle on a répété qu'à l'encontre du proverbe courant: le crime paie. Plus de 65 romans, environ 150 nouvelles et quelques pièces de théâtre, voilà un bilan confortable et digne de Lucrèce Borgia en fiction. Dans la ligne de Sherlock Holmes, son petit détective belge Hercule Poirot ou sa vieille demoiselle typiquement anglaise Miss Marple feront fonctionner leurs "cellules grises" et leurs souvenirs pour élucider des intrigues machiavéliquement combinées pour tromper le lecteur et le mettre échec et mat plus souvent qu'à son tour. Tout n'est pas de même valeur dans une oeuvre aussi vaste mais, au crédit de cette auteure, il faut ajouter qu'il y a très peu de déchet. Au contraire de Doyle, elle est plus habile dans le roman que dans les nouvelles et ses nombreuses incursions dans le domaine ont fondé des formules sinon des moules, souvent reproduits par ses contemporains et successeurs. On peut ainsi parler de variante ackroydienne par allusion à une de ses plus célèbre réussites.
Collins, Wilkie (1824-1889)
Feuilletonniste anglais dont quelques romans, en particulier The Moonstone (1868), comportent tous les éléments du roman policier et furent appréciés comme tels par T.S. Eliot,qui considérait ce dernier ouvrage comme un chef-d'oeuvre. Non spécialisé dans le genre, qui en était à ses premiers pas, ses romans méritent de figurer au palmarès du roman policier tout comme le Mystère d'Edwin Drodd (1870) de Dickens et Une ténébreuse affaire (1841) de Balzac.
Daeninkx, Didier (1949-)
A l'instar des grands américains des années 40-50, un véritable écrivain qui, par le véhicule du roman d'enquête, se fait le chroniqueur social de la France de nos jours quand il ne joue pas le reporter-historien d'événements occultés depuis belle lurette. Bien documentés, ses récits sont construits comme des enquêtes criminelles où la curiosité et la minutie du propos augmentent la sympathie pour les victimes.
Doyle, Sir Arthur Conan (1859-1930)
Si Poe a insisté sur le mécanisme de l'enquête et Gaboriau sur le mystère des êtres plongés dans une aventure criminelle, Conan Doyle tentera la synthèse. Romancier historique et conteur de talent, il a dû s'incliner devant un public exigeant et fabriquer presque malgré lui des Sherlock Holmes. De 1887 à 1927, il a écrit quatre romans dérivés de la formule du Français et une cinquantaine de nouvelles dans la foulée de l'Américain. Le personnage est devenu mythologique et fait partie des traditions britanniques. C'est un phénomène sociologique intéressant, que nous retrouverons aussi dans le roman d'aventures (ex.: Tarzan). Somme toute, une oeuvre qui fixe pour ainsi dire les canons du roman policier dans le cadre de la détection: énigme-enquête-solution, pour longtemps. Sans cesse rééditée, elle traverse le temps mieux que bien d'autres oeuvres littéraires célèbres.
Durrenmatt, Friedrich (1921-1990)
Dramaturge suisse de langue allemande très connu en Europe, il a publié quelques romans policiers très réussis, en particulier Le juge et son bourreau (1952), Le soupçon (1953) et enfin La promesse (1958) avec en sous-titre: requiem pour le roman policier. L'auteur semble s'être sérieusement amusé, quoique de facon grave, à écrire dans ce registre... Il a dressé un constat de la justice sociale qui n'est pas sans quelque verve satirique. En somme, un apport de prestige en ce domaine, semblable à celui de Graham Greene qui, lui aussi, délibérément, a voulu écrire sous cette forme littéraire. A lire.
Ellroy, James (1948-)
C'est dans sa propre vie, marquée par l'épisode traumatisant de l'assassinat de sa mère, qu'Ellroy puise la matière de ses récits cruels et provocants. «L"enfer de Dante revu par Chandler», «le Dostoievski de l'Amérique» renchérissent les critiques français en médiatisant à outrance ces livres souvent incohérents, abusifs et violents. Une autre inflation à l'actif des enragés du «polar» dans la même embardée que celle qui a lancée l'Anglais Robin Cook.
Exbrayat, Charles (1906-1989)
Tout a commencé en 1957. Jusqu'à ce moment, l'auteur avait oeuvré dans le théâtre et au cinéma sans gros succès, mais avec l'estime de ceux qui travaillèrent avec lui (Dullin, Baty, Clouzot). Et vingt ans après, son sens du dialogue, ses nombreux voyages et un métier indéniable l'ont imposé avec 90 romans d'atmosphère dont la plupart tiennent le coup. Pour lui, c'est le personnage qui compte, celui-ci crée le sujet et même le décor. Ensuite l'intrigue s'élabore au rythme du travail; phénomène curieux, il n'a pas encore manqué un roman policier. Journaliste encore actif, c'est un raconteur d'histoires né. En plus de romans dits classiques où se mêlent habilement la détection et l'action, il a, du moins en France, inventé le roman policier humoristique haut en couleurs et vraiment drôle: on pense ici au cycle écossais d'Imogène (espionnage) et plus encore à celui qui met en scène le policier italien Tarchimini, ineffable gaffeur que nous citerons plus loin.
Freeling, Nicolas (1927- )
Le cas de cet auteur est étrange. En 1962, il laissa sa toque de grand cuisinier d'hôtel, quitta l'Angleterre pour la Hollande et écrivit un roman psychologique à résonances policières: Love in Amsterdam. Le personnage de l'inspecteur Van der Valk était né, qu'il assassinat au cours de sa dixième enquête (1972). Les romans où Van der Valk apparaît et cinq autres sont des livres denses, bien écrits et qui ont obtenu le succès qu'ils méritaient. A propos de son personnage, plusieurs critiques ont parlé du Maigret de Simenon. Plausible, mais dans des intrigues beaucoup plus fouillées et dans des décors plus évoqués. Un grand écrivain du genre.
Gaboriau, Emile (1832-1873)
Cet auteur français de romans-feuilletons populaires, fervent admirateur de Poe, deviendra, pour ainsi dire, l'appariteur du genre en France. Mais son Monsieur Lecoq sera toutefois plus humain que Dupin, syllogisme incarné. Héritant de toute la machinerie et des décors du roman feuilleton, Gaboriau va plonger son héros dans des aventures complexes, et la nouvelle de Poe va passer de 20 pages à 500 dans les six gros romans de son disciple. De L'affaire Lerouge (1866) à La corde au cou (1873) se crée donc un nouveau genre qu'avaient d'ailleurs frôlé Balzac, Dumas, Féval et même Hugo, avec le policier Javert des Misérables. Il est intéressant de noter que Gaboriau n'a pas trop vieilli et qu'il se lit encore avec plaisir.
Gardner, Erle Stanley (1889-1970)
Avocat américain qui se lança en 1933 dans des romans policiers ayant pour vedette un alter-ego imaginaire: Perry Mason que la télévision a popularisé depuis. En une quatre-vingtaine d'ouvrages ingénieux et bien construits, dont les titres reprennent toujours le terme "case", cas ou cause au sens judiciaire du mot, le héros nous fait suivre pas à pas son enquête, nous donne tous les éléments en en parlant à sa secrétaire et nous conduit habituellement jusqu'au procès, où il se charge de régler le problème de façon souvent ahurissante mais toujours plausible. Beaucoup de facultés de droit aux Etats-Unis ont mis l'auteur au programme, tant il comporte d'aspects documentaires et surtout cet art souverain de l'attention aux faits, de la circonspection et de la déduction.
Garve, Andrew (1908- )
Auteur britannique fécond qui a réussi autant dans le roman d'aventures et d'espionnage que dans le policier. Complexe plutôt que compliqué, donnant plus de relief aux êtres et à leurs relations qu'à l'intrigue, pas un de ses livres ne déçoit. Il a même droit à 24 entrées dans le Catalogue of crime de Barzun et Taylor qui est plutôt sévère en général.
Gerrard, Paul (1908-1994)
De son vrai nom Jean Sabran, cet écrivain a également publié sous le pseudonyme de Paul Berna des romans pour jeunes. Courtisé par Disney et seul Français à s'être mérité l'Edgar Poe Award, il a laissé une trentaine de romans policiers. De facture solide et originale, ses oeuvres touchent à tous les aspects de la formule - énigmes classiques, thrillers tragiques, suspenses angoissants et même feuilletons comiques. Probablement le plus original des auteurs français de la décennie 60-70.
Giovanni, José (1923- )
Un des bons romanciers français de la pègre mais avec un sens de l'honneur propre à ce milieu. Tous ses romans ont un thème privilégié: l'amitié, ce qui donne à son écriture sincère et à son talent évocateur l'occasion de sublimer le thème, de le dégager du sordide et d'en faire une épopée très humaine et désespérément réelle. Qu'on pense au Deuxième souffle, dont J.P. Melville a tiré un film convaincant et dramatique, et l'on aura une idée de l'oeuvre de cet écrivain estimable en son genre.
Goodis, David (1917-1967)
Auteur américain qui se distingue de ses innombrables confrères par une sobriété dramatique peut-être due au fait que tous ses héros sont des victimes d'avance vouées à l'échec. Authentique écrivain, il a réussi quelques chefs-d'oeuvre parmi ses 17 romans criminels dont le premier remonte à 1939. On retiendra surtout Cauchemar (1946), Sans espoir de retour (1954) et La nuit tombe (1947).
Greene, Graham (1904-1991)
L'auteur est connu et l'on sait qu'il s'est plu à écrire de temps à autre des "thrillers" entre ses romans plus sérieux, mais il l'a fait avec un sens aigu de l'énigme, disons ici, du mystère, car les quelques romans policiers qu'il a écrits ont une dimension métaphysique très forte, tels Le rocher de Brighton (1938) ou Tueur à gages (1936).
Hammett, Dashiell (1894-1961)
Cinq romans, une trentaine de nouvelles. Style sobre, bref, dense. L'auteur, à qui incombe la paternité du roman noir policier (thriller), est l'un des rares à s'être taillé une place auprès des grands écrivains américains de son époque. Ses principaux ouvrages composés entre 1929 et 1934 ont eu une longue postérité qui n'en finit pas, et peu d'auteurs, si l'on excepte Chandler et McCoy, ont réussi autant que lui à donner ses lettres de noblesse au genre. Il est déjà considéré comme un classique et nul doute que, dans le domaine, La clé de verre, par exemple, sera cité comme on cite Bérénice ou Le Cid pour la tragédie classique, et ceci n'est pas un canular.
Highsmith,Patricia (1921-1995)
Américaine qui vécut longtemps en Angleterre puis en France et en Suisse. Son premier roman (1949) fut refusé par six éditeurs. Lorsque L'inconnu du Nord-Express fut enfin accepté, Hitchcock en fit un film, et la suite, on la devine. Mais pas tout à fait. Elle a bien écrit une vingtaine de romans policiers mais d'une espèce bien particulière. Citons Boileau-Narcejac: «Elle est parfois très près de Graham Greene, dans la mesure où, pour elle aussi, le criminel est une victime. Elle néglige le problème, source de mystère, pour étudier le comportement du coupable, mais elle n'oublie jamais les nécessités de la narration.»
Hill, Reginald (1936-)
Depuis 1967, cet auteur anglais qui, de l'avis de certains critiques, est un excellent bâtisseur d'intrigues a commis une quarantaine de romans criminels dont presque la moitié est consacrée aux enquêtes de Dalziel et Pascoe. Ce couple disparate - le gros tyrannique et égocentrique face au gentleman cultivé et bien marié - fait merveille dans des imbroglios souvent macabres que relève cependant un humour ravageur.
Hillerman, Tony (1925-)
Elevé parmi les Indiens en Oklahoma, Hillerman devient journaliste après la Seconde guerre mondiale où il s'illustre. Bon observateur de son milieu dès l'école, il va élaborer à partir de 1970 un ensemble de récits criminels situés en terrain navajo, réussissant à reconstituer cet univers ethnique traditionnel. Avec ses deux enquêteurs, un lieutenant et un sergent autochtones, il fournit d'excellents romans policiers quasi documentaires et savoureux du point de vue ethnologique.
Himes, Chester (1909-1984)
Sous des dehors burlesques frisant l'absurde, les romans de cet écrivain noir américain reflètent une revendication sociale antiraciste assez authentique. Poursuites et bagarres dans le Harlem natal, éclats de rire et cris de détresse parsèment les Liste des oeuvres de cet auteur original et complètent le tableau sociologique, que l'ensemble des romans d'action de notre époque dresse publiquement, souvent avec plus d'éloquence et d'audience que les savantes thèses et les documentaires sociaux.
Iles, Francis D voir Berkeley, Anthony.
Irish, William (1903-1968)
Pseudonyme de Cornell Woolrich. Probablement le plus grand conteur moderne américain dans le registre de l'angoisse. C'est un joaillier en la matière, qui a oeuvré, nous pourrions dire ouvragé au sens fort, environ 300 nouvelles longues ou courtes dont plus de la moitié sont de premier ordre. Solitaire, souvent malade, doué d'une grande sensibilité, il a su incarner la victime et nous faire partager son angoisse d'une façon presque insoutenable. Bon écrivain, fameux pour ses trouvailles à partir d'un rien: L'ongle, L'oeil volé, Le ruban bleu, Les yeux qui hurlent, Si je devais mourir, il crée une atmosphère réaliste et plausible et nous entraîne dans le cauchemar. Il y aurait une thèse à écrire sur sa façon de provoquer la peur, qui est le ressort de toutes ses intrigues. Une douzaine de romans, forme dans laquelle il était moins à l'aise, mais dont quatre ou cinq sont de premier ordre, complète cette oeuvre remarquable.
Kassak, Fred (1928- )
Pseudonyme de Pierre Humblot. Cet auteur français aborde le roman policier en 1958 avec On n'enterre pas le dimanche qui lui valut le G+rand Prix de littérature policière. Il écrit peu, mais ses romans le sont bien. Il a un sens particulier des situations hors de l'ordinaire, mais il en sait conserver la vraisemblance par une forte description psychologique des faits et gestes et surtout du caractère de ses personnages très humains. Chose curieuse, il n'y a ni policier, ni truand dans ses romans. Il a même abordé le genre humoristique avec Carambolages où le jeu de l'ambition était porté aux extrêmes limites de l'astuce et de la crédibilité. Il I'a dit lui-même: "Le roman policier consiste à surprendre avec logique".
Klotz, Claude. (1932- )
Ce romancier français, qui n'avait eu que des succès d'estime de la part de la critique avec quatre romans originaux et de qualité, décida pour survivre d'écrire du roman policier. Au milieu de 1971, il débuta avec un récit intitulé Casse-cash dont la préface pouvait paraître prétentieuse, puisqu'elle laissait entendre que son personnage Reiner avait bien l'intention de tasser les autres héros de série et de prendre place au panthéon du genre. Eh! bien, c'est fait et bien fait! Les romans se sont succédé, et par leur style bref, alerte, précis, ils classent Klotz parmi les meilleurs, tant par l'agencement machiavélique des intrigues que par la personnalité de Reiner dont la silhouette prend de plus en plus de relief.
Leblanc, Maurice (1864-1941)
Jeune industriel normand de famille aisée, il a gravité autour de Maupassant, de Zola et des Goncourt. Il compte une dizaine de romans à succès dans la veine de l'époque dont un, louangé par Léon Bloy, ce qui est assez étonnant de la part de l'«entrepreneur de démolitions». En 1903, suite à une nouvelle commanditée pour le magazine Je sais tout, Maurice Leblanc va devenir le pseudo confident et le prisonnier du héros qu'il a imprudemment créé, Arsène Lupin qui, sous la pression du public et des éditeurs, va accaparer l'auteur jusqu'à sa mort. Dix-sept romans, trente-huit nouvelles, trois pièces de théâtre vont populariser ce gentleman-cambrioleur que tout le monde connaît et dont le succès dure encore. «C'est dur, avouait l'écrivain, Lupin me suit partout. Il n'est pas mon ombre, je suis son ombre». Malgré un style un peu daté, la fascination pour cette oeuvre n'a pas cessé, témoins des rééditions constantes et bienvenues.
Le Breton, Auguste (1913-1999)
Auteur sympathique et populaire. Jeune orphelin, il passe par les «maisons de redressement», devient clochard et vagabond, rencontre des truands et exerce divers métiers. Il s'est raconté (série A chacun son destin) avec beaucoup d'émotion humaine. Conteur original et chaleureux, il a bâti des intrigues très cinématographiques (qui ont d'ailleurs été tournées) dont certaines composent de très bons romans dans les genres à la fois problème, noir et criminel.
Leroux, Gaston (1868-1927)
Contemporain de Maurice Leblanc, il nous intéresse ici pour son fameux Mystère de la chambre jaune (1907) déchiffré par son détective adolescent Rouletabille. C'est un classique du roman d'énigme qu'il faut avoir lu. Quant au reste de son immense production, Rouletabille ou pas, il y a là d'excellents romans d'aventures et des histoires fantastiques très élaborées.
Lovesey, Peter (1936-)
«Faire du neuf avec de l'ancien», voilà semble-t-il l'adage que pratique avec succès cet auteur britannique qui situe huit de ses romans à l'époque victorienne et présente trois enquêtes du futur Edouard VII. Par ailleurs, d'autres récits plus contemporains se distinguent tant par l'originalité des intrigues que par la personnalité très «british» des protagonistes.
McBain, Ed. (1926- )
Pseudonyme de Evan Hunter. Représentant américain du roman policier d'enquête dans des situations qui sont celles des romans noirs. Ses personnages, dont Carella, sont de vrais policiers engagés dans l'action rebondissante d'aventures qui ressemblent à celles dont les journaux nous entretiennent. Il a ainsi créé un roman très moderne d'allure, bien fignolé, avec personnages psychologiquement vraisemblables dans leur métier quotidien et cela, dans une atmosphère qui évoque presque le documentaire. Sous son vrai nom, il a signé Graine de violence, roman courageux que le cinéma a popularisé.
McCloy, Helen (1904- )
Un des meilleurs auteurs féminins américains. Vingt-cinq romans depuis 1938, dont pas un n'est indifférent et dont une dizaine ont pour détective un psychiatre, Basil Willing, qui rencontre de par sa profession des cas plutôt insolites relevant parfois de la parapsychologie. Bonnes intrigues, solides arguments au point de vue de la détection criminelle et style qui témoigne d'une haute culture.
MacDonald, John D. (1916- )
L'une des meilleures qualités de cet écrivain américain, qui possède à son actif plus de 50 romans policiers, est la précision des détails, des objets, des faits - il indiquera par exemple la marque d'une boîte de conserves - qui fournit à ses romans un aspect de vécu sur le vif. Sans être pour cela myope, il dresse comme un constat, créant ainsi une sorte de documentaire romancé. Sa première période, autour de 1950, rivalise aisément avec l'univers de Raymond Chandler. Par la suite, il élabore une série ayant pour héros un "privé", Travis McGee, qui ne manque pas d'agrément mais ne possède par la tragique résonance des premiers romans.
Macdonald, Ross (1915-1983)
Pseudonyme de Kenneth Millar. Peut-être le disciple le plus fidèle à la tradition de Raymond Chandler. Son détective privé, Lew Archer, traverse une vingtaine d'aventures (à partir de 1949) avec beaucoup d'intuition, d'humanité et d'honnêteté. Les premiers romans semblent demeurer plus valables, mais l'auteur compte, aux Etats-Unis, parmi l'un des meilleurs représentants du "thriller".
Millar, Margaret (1915-1994)
Romancière américaine d'origine canadienne dont le grand talent réside surtout dans l'art de créer une atmosphère d'angoisse et de terreur. Une vingtaine de romans à partir de 1941, dont plus de la moitié ont été traduits. Moins célèbre qu'Agatha Christie, elle mériterait une plus large audience et une meilleure reconnaissance.
Monteilhet, Hubert (1928- )
Ce romancier français est difficillement classable. Mettons qu'à part ses deux premiers romans que nous citerons volontiers, tout ce qu'il a écrit depuis s'éloigne du genre pour passer à un érotisme très XVllle siècle. Les titres sont d'ailleurs éloquents: Les pavés du diable, Le forçat de l'amour ou Le cupidiable sont des romans à prétexte policier et glissent dans le genre leste en un style quasi pastiché de Laclos. Ecrivain véritable, c'est un cas dans cette littérature, puisqu'il y apporte du style et s'amuse des tabous et de l'interdit avec une désinvolture flagrante.
Narcejac, Thomas (1908-1998)
Professeur de philosophie venu à la littérature policière durant la guerre en écrivant des pastiches assez près des originaux. Un roman publié en 1948 lui valut le Grand Prix et lui fit rencontrer Pierre Boileau avec qui il devait former un tandem célèbre. Théoricien en France du roman criminel (suspense), il s'est longuement expliqué dans les ouvrages cités dans la précédente bibliographie et a mis en pratique ses conceptions avec l'aide de son collègue Boileau. Très discuté et assez attaqué pour avoir combattu le roman noir (voir La fin d'un bluff), il demeure cependant un des artisans majeurs et même un artiste dans le domaine qui nous occupe. Voir: Boileau-Narcejac, supra.
Poe, Edgar Allan (1809-1849)
Initiateur du fantastique moderne, précurseur de la science-fiction, on peut affirmer que Poe l'est aussi du roman policier. "De même que la symphonie commence avec Haydn, de même le Detective novel débute avec Poe" (Haycraft). De l'ensemble de ses Histoires extraordinaires que devait traduire Baudelaire, trois nouvelles se détachent qui vont déclencher la production du roman d'enquête: «Le double assassinat dans la rue Morgue» (1841), «Le mystère de Marie Roget» (1842) et «La lettre volée» (1845). Ces trois cas sont examinés et éclaircis brillamment par le chevalier Dupin, cet Oppenheimer de la déduction, personnage qui aura une énorme influence sur toute une lignée de détectives sans cesse plus perspicaces et plus ambitieux dont le prototype deviendra exemplaire avec le Philo Vance de Van Dine.
Queen, Ellery
Pseudonyme de Frederick Dannay (1905- ) et de Manfred Lee (1905-1971). En 1929, deux cousins participent à un concours new-yorkais devant récompenser le meilleur roman policier. Le jeune directeur artistique de publicité et son compère, chef d'orchestre de jazz, décident de tenter leur chance sans trop y croire. Le pseudonyme, curieusement, est en même temps le nom du héros romanesque, un peu "dandy", très lettré et alerté par les cas étranges que son père, inspecteur de police, a peine à résoudre; cela donne le Mystère du chapeau de soie, évidemment vainqueur du concours et amorce d'une carrière tant pour les auteurs que pour leur détective amateur. Plus de 40 romans (radiodiffusés, filmés, télévisés) dont pas un n'est ennuyeux: un personnage vivant, sympathique, qui a évolué avec les années. Une stricte formule de détection mais avec beaucoup d'humanité, un sens de l'énigme qui confine au fantastique et rejoint par là le suspense. Théoriciens dans ce domaine, les auteurs ont publié plusieurs essais, des anthologies et ont fondé une revue, Ellery Queen Mystery Magazine.
Quentin, Patrick
Pseudouyme de Richard W. Webb (1901-1965) et de Hugh Wheeler (1912- ), deux auteurs américains spécialisés dans le roman criminel bien avant que celui-ci ne devienne prépondérant à l'intérieur du genre. Ce qu'il y a de remarquable dans leur cas, c'est la qualité diversifiée mais jamais absente d'aucun de leurs livres. Que ce soit à leurs débuts en 1931, les quelque dix titres qu'ils ont laissés sous le nom de Quentin Patrick et qui gardent une atmosphère poétique indéniable. Que ce soit la fameuse série des Puzzle où un couple, Peter et Iris Duluth, sont mêlés à des intrigues fort bien orchestrées (dix titres entre 1936 et 1952). Que ce soit, sous le pseudonyme de Jonathan Stagge, les douze étranges romans (1937-1949) où le fantastique se mêle volontiers à l'enquête rationnelle du bon Dr Westlake et de sa fille Dawn. Enfin, période de maturité, les derniers grands romans publiés entre 1950 et 1965 dont plusieurs ont été adaptés au cinéma, sans compter les nombreuses nouvelles qui comptent parmi les meilleures avec celles de William Irish dans ce format plus court mais dont l'impact psychologique est d'autant plus fort. En somme un nom à retenir.
Ray, Jean (1887-1964)
Pseudonyme de Jean Raymond Marie de Kremer. Il faut ici citer ce "diable d'homme" qui appartient plutôt au genre fantastique comme Marcel Allain au genre populaire parce qu'il y a Harry Dickson, le "Sherlock Holmes américain". Le personnage, bien que n'ayant pas la consistance de son émule anglais, traverse une centaine de nouvelles dont l'amorce et le procédé sont la détection, cependant que les intrigues jouent sur tous les plans temporels ésotériques et insolites, si bien qu'on aboutit à un genre polymorphe où la science-fiction se double de fantastique quand ce n'est pas d'occultisme. Une solution déraisonnablement rationnelle vient mettre un terme à ces contes qui ont une saveur indiscutable pour ceux qui aiment se faire raconter des histoires.
Rendell, Ruth (1930- )
Avec une cinquantaine de romans depuis 1964, dont dix-huit sous la conduite de l'inspecteur Wexford, cet auteur commence à prendre la place qui lui revient. Elle reprend certes la formule classique de la détection mais y ajoute une astuce et une originalité, comme dans La maison de la mort (1970), qui prolonge cette manière en un style incisif où s'inscrivent des personnages qu'on n'oublie pas. Sous le pseudonyme de Barbara Vine, elle a publié une dizaine de romans qui sont à peine policiers et dont la teneur socio-psychologique l'introduit dans le club fort coté des Murdoch, Spark et Brookner.
Réouven, René (1925-)
Auteur d'un sérieux Dictionnaire des assassins (1974), de romans (sous son vrai nom, René Sussan) et de nouvelles de science-fiction, il a commis depuis 1980 des romans policiers de calibre supérieur qui ont comme caractéristique d'être des pastiches d'auteurs célèbres: Conan Doyle et son Sherlock Holmes (à cinq reprises), Edgar Allan Poe, Jules Verne et même Gérard de Nerval et la Bible.
San Antonio (1921-2000)
Pseudonyme de Frederic Dard. II faut bien parler de ce «phénomène» qui est à la fois l'auteur et le personnage de quelque 200 romans qui se sont succédé depuis 1948 à plus de 300 millions d'exemplaires. A proprement parler, le prétexte de ses oeuvres est policier puisque le protagoniste principal est inspecteur de police, mais l'intrigue importe peu et se dissout dans ce que nous appelons le «phénomène». Cela donne un récit proche du conte oral avec apartés, invectives au lecteur, clins d'oeil et surtout jeux de mots à base d'argot et de calembours époustouflants. Ex.: "Elle était blanche de peur et non de Castille". Les linguistes se sont intéressés à ces histoires pour ce jeu verbal intarissable, ce style désinvolte et quelque peu canaille, car il faut bien avouer qu'avec la présence d'un certain Bérurier, rabelaisien plus que nature, nous avons affaire à une espèce de feuilleton haut en couleurs, souvent basé sur la vulgarité et la trivialité .
Sayers, Dorothy L. (1893-1957)
Freud aimait lire ses romans qui en plus de leurs qualités littéraires et savantes, par le biais de leur héros Lord Peter Wimsey, dont l'auteur semblait amoureuse, possèdent les atouts qui permettent la réussite en ce genre. Enigmes bien organisées, atmosphère bien rendue, personnages vivants, voilà ce qu'on retrouve dans les douze romans et les quelques nouvelles que nous a laissés, entre 1923 et 1937, l'auteure qui mériterait d'être mieux connue. Réputée comme un des grands écrivains britanniques de l'entre-deux-guerres, Miss Sayers a également édité trois vastes anthologies (Omnibus of crime, 1928, 1932, 1934) dont les préfaces composent un excellent ensemble critique et historique sur le genre. En ce sens, elle aussi mérite d'être citée comme pionnier.
Scerbanenco, Giorgio (1911-1969)
Autodidacte, il a énormément produit, durant une vingtaine d'années, dans le domaine des revues féminines italiennes: feuilletons, interviews, rubriques. En 1966, il décide de faire oeuvre sérieuse, invente un personnage très humain, le docteur Duca Lamberti qui, collaborant avec la police dans des circonstances assez insolites, va parcourir quatre romans, tous de très haute qualité mais délibérément modernes et francs. Traduits en toutes les langues; c'est un succès mondial que vint interrompre malencontreusement le décès de l'auteur. Ces romans policiers-vérités, qui ont vraiment une résonance très profonde, réussissent la synthèse du roman psychologique et du roman policier sous ses diverses formes.
Simenon, Georges (1903-1989)
Belge d'origine, l'auteur n'a pas besoin d'être présenté: c'est l'un des "best-sellers" mondiaux et sa renommée est faite depuis longtemps. La question qui se pose est celle-ci: Simenon a-t-il écrit des romans policiers? Non, répond-il, et ses exégètes, dont Boileau-Narcejac, opinent dans le même sens. Pourtant, il y a Maigret qui mérite sa place dans cette mythologie moderne qu'est le roman policier auprès de Sherlock Holmes et de bien d'autres. Maigret, c'est le Simenon qui aurait pu être médecin, avocat ou prêtre. Il est commissaire de police, soit, mais d'une façon pas toujours orthodoxe. C'est un confesseur, un révélateur (au sens photographique), il ne prouve ni ne démontre, il comprend, il prend en charge et quelquefois pardonne hors la loi. Entre 1931 et 1973, 104 romans le mettent en piste. Les vieux amateurs préfèrent les premiers, d'autres les "après-guerre". Entretemps il y eut un intermède, entre 1934 et 1947, où très peu de Maigret virent le jour. C'est la demande du public qui obligeat l'auteur à recommencer. A cet ensemble, il faut joindre quelques titres parmi ses 135 romans-romans qui ont des résonances criminelles.
Simonin, Albert (1905-1980)
A fait tous les métiers, surtout dans le milieu interlope parisien. En 1951, il lit un roman de la Série noire et décide d'en écrire un lui-même. C'est Touchez pas au grisbi avec préface de Pierre MacOrlan, prix des Deux-Magots en 1953. Ensuite, il écrivit peu mais donna du solide. Un point à signaler: l'argot dont il est spécialiste et qui rend, au début, la lecture peu facile à piger, mais il y a un lexique pour les caves. Les intrigues de ses romans sont très bien construites, les personnages très vivants, et c'est l'un des auteurs français dans le genre "dur" qui supporte le mieux la comparaison avec les Américains.
Stark, Richard T voir Westlake, Donald E.
Steeman, Stanislas-André (1908-1971)
Belge d'origine, un des grands auteurs du genre, tant par la variété et la versatilité que par un certain ton humoristique très spécial qui confère au personnage d'une dizaine de ses romans, Monsieur Wens, un charme assez singulier. Auteur à succès constamment réédité et souvent adapté au cinéma, on peut préférer ses romans d'avant-guerre à ses derni&eagrave;eres oeuvres qui avaient perdu un peu d'impact. Mais il demeure surtout exemplaire pour ce qu'on pourrait appeler la mise en place technique de procédés astucieux qui font de ses romans des énigmes véritables et originales.
Stout, Rex (1886-1975)
Romancier américain très cultivé et qui a beaucoup voyagé. En 1934, il crée un personnage peu commun de détective privé pachydermique, immobilisé dans un studio luxueux, gourmet gourmand et amateur d'orchidées. Doué d'un cerveau puissant (on insinue qu'il pourrait être le fils naturel de Sherlock Holmes), il résout les énigmes les plus compliquées au milieu de ses fleurs. Son nom: Nero Wolfe, dont les aventures atteignent facilement la cinquantaine. Son Watson, Archie Godwin, est à la fois son souffre-douleur et son émissaire dans le monde extérieur. Il enquête, recueille les faits, rapporte les événements, et le maître déduit. Ecrits avec verve et un sens très aigu de l'énigme, ces romans sont en général très bons et se laissent lire sans ennui.
Symons, Julian (1912-1994)
Cet auteur britannique, directeur de la page littéraire du Sunday Times de Londres, est également un historien et un critique du genre. Ses romans, bien construits, abandonnent décidément le style anglais traditionnel de détection et glissent vers le roman criminel plus facilement renouvelable et moins rigide. Ils témoignent d'une grande intelligence du genre et de son évolution, et ajoutent des arguments pratiques à ses essais théoriques en tant que critique et historien.
Tey, Joséphine (1896-1952)
Pseudonyme de Gordon Daviot, écrivain britannique qui connut le succès à la scène et avec des biographies. Sous ce nom, elle tissa huit intrigues policières bien structurées et très originales. Romans policiers de qualité qui méritent relecture, entre autres La fille du temps (1952), qui est considéré comme un chef d'oeuvre du genre.
Thomas, Louis C. (1921- )
Devenu aveugle en 1947, ce professeur dut quitter l'enseignement. Il se mit alors au roman policier et, à partir de 1957 où il obtint un prix pour Poison d'avril, une vingtaine de romans se sont succédé. On pourrait dire de l'auteur qu'il écrit du roman policier de chambre: trois ou quatre personnages au plus, savamment analysés, dans une trame ingénieuse où le "comment?" a la primauté. Style agréable, raccourcis cinématographiques, il est un des meilleurs représentants du genre en France.
Van Dine, S.S. (1888-1939)
Pseudonyme de Willard H Wright. Américain issu d'une grande famille: étudiant en Europe, esthète brillant qui écrivit Ce que pensait Nietzsche (1914), Les grands romans français (1918) ou L'avenir de la peinture (1931). Succès et notoriété mondaine à New York. Une attaque de tuberculose suivie de deux ans de sanatorium donne comme résultat un auteur de romans policiers dont le protagoniste, Philo Vance, est un auto-portrait. Ce détective cultivé et raffiné va parcourir onze "murder case" (c'est le titre répété de tous les romans: The canary murder case, The bishop murder case, etc.), compliqués à l'excès et analysés en détails selon une méthode qui est la charte la plus exigeante du roman policier classique: Les vingt règles du roman policier proclamées en 1928. Quoique dépassés, ces romans gardent un certain intérêt et constituent pour le lecteur une joute intellectuelle de classe.
Van Gulik, Robert (1910-1967)
Diplomate, sinologue spécialisé dans la peinture chinoise et l'érotisme extrême-oriental, ce Hollandais a construit dix-huit romans qui mettent en scène le juge Ti, au VIIe siècle de notre ère. Erudition facilement digestible et exotisme garanti.
Vazquez Montalban, Manuel (1939-)
Journaliste communiste qui commence à écrire en prison des romans policiers, parce que c'est selon lui la forme idéale pour mettre en perspective et au pilori le franquisme et son héritage. Son détective privé, Pepe Carvalho, devient le témoin et le produit de cette histoire. Ses enquêtes sont autant de constats, de coups de sonde et de réflexions sur la démocratie et son contraire. Sa marginalité, son libertarisme et sa gourmandise en font un truculent représentant de la loi.
Véry, Pierre (1900-1960)
Ecrivain savoureux qui, après quelques romans campagnards pénétrés d'une ambiance étrange liée au folklore paysan, écrivit un pastiche du roman policier anglais traditionnel, Le testament de Basil Crookes, en 1930, ce qui lui valut le grand prix du roman d'aventures. Une trentaine d'oeuvres de la même veine s'ajoutèrent. Véry préférait le terme "roman de mystère" pour qualifier ce genre et il est vrai que chez lui, le fantastique et la féerie sont toujours présents. Le cinéma nous l'a montré avec L'assassinat du Père Noël et Goupi Mains-rouges, entre autres. Véritable écrivain dont on souhaite sans cesse la réédition pour le style très particulier et les évocations qui mettent en scène des enfants.
Vickers, Roy (1899-1965)
Journaliste anglais, auteur d'une trentaine de romans policiers bien écrits dans l'axe détection. ll est surtout célèbre pour avoir pratiqué dans une série de nouvelles, Service des affaires classées (1946), la méthode d'inversion, qui consiste à tout révéler dès les premiers paragraphes pour ensuite nous faire assister au "comment" la justice a fini par déjouer un crime parfait. De ce livre, Ellery Queen disait qu'il aimerait ne pas l'avoir lu pour avoir ainsi perdu le plaisir qu'il avait eu à le lire. Singulière invitation qui s'avère juste.
Wallace, Edgar (1875-1932)
Auteur prolifique à l'imagination débordante qui composa 150 romans, dont quelques-uns demeurent très lisibles et ont ouvert bien des voies à ses émules et successeurs. Peut-être quantité et succès (en 1928, il gagnait 50 000 livres sterling par an et l'on affirme qu'en Angleterre, à cette époque, un livre sur quatre vendus, en dehors de la Bible, était d'Edgar Wallace), peut-être aussi rapidité d'écriture ont gâté ce «Dumas anglais du roman policier», dont la facilité de travail était prodigieuse. Il reste quelques bons ouvrages, malheureusement pas toujours traduits ou disponibles: surtout ses séries sur "les justiciers" et ses nouvelles impliquant le professeur J. G. Reeder.
Westlake, Donald E. (1913- )
Une trentaine de romans depuis 1960, d'un ton nouveau où s'allient l'humour délirant et la contestation par le ridicule de la société américaine actuelle. Enormément de verve et d'invention dans des situations faussées volontairement par l'esprit goguenard et farfelu qui anime par exemple Pierre qui brûle (connu au cinéma sous le titre Les quatre malfrats, version française du film Hot rock). Sous le pseudonyme de Richard Stark, le même auteur a élaboré une véritable saga moderne avec son héros Parker (16 épisodes entre 1963 et 1974), solitaire et énigmatique, qui poursuit une carrière criminelle où les échecs et les réussites se confondent fatalement malgré une sorte de génie froid et méthodique.
Williams, Charles (1909-1975)
Avant qu'il ne se suicide, cet auteur ingénieux aura écrit une vingtaine de romans à suspense dont aucun n'est indifférent. Son art de conteur se révèle tant dans les romans maritimes où il excelle que dans ses récits «terrestres» qu'animent pesamment des héros désabusés voués aux chausse-trappes impitoyables de la vie.
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